YFU Switzerland

L’après-Apartheid

Ce post est consacré aux relations entre blancs en noirs. En effet, si l’apartheid est un régime mort, blancs et noirs ne galopent pas main dans la main, au milieu de champs fleuris et chantonnant l’air des Schtroumpfs.

Prenons l’exemple le plus simple à constater : l’école. Il y a 9 classes de 35 élèves en Grade 9 ; seuls 6 noirs ont étés admis dans l’école la plus prestigieuse de Nelspruit. Des génies ? Réponse négative. Ces 6 élus sont en réalité des athlètes recrutés par l’école pour concourir sous leurs couleurs. En échange, ils peuvent étudier à l’Hoerskool Nelspruit. Une sorte de deal, vous me direz. La réponse reste toujours négative. L’école s’en fiche totalement des résultats scolaires de l’athlète, pourvu que les résultats sportifs soient bons, et donc qu’il rapporte du prestige à l’école. Ces 6 personnes l’ont bien compris : ils n’en font donc pas une à l’école, se concentrant sur le sport. Résultat, ils ne deviennent pas vraiment plus brilliants sur le plan intellectuel, ce qui était, en premier lieu, le deal instauré par l’école.

Attendez une minute. Vous imaginez ça avec des blancs ? Dans une école où l’on se fait réprimander devant ses camarades parce qu’on a pas fait ses devoirs, j’ai de la peine à l’imaginer. Mais le noir, lui, est invisible pendant les cours : on ne vérifie pas s’il a fait ses devoirs, on ne l’interroge jamais, on ne le réprimande jamais. C’est ici qu’intervient une hypothèse que je ressens fortement après trois semaines d’immersion :

Les noirs sont toujours considérés comme une race inférieure, et ce malgré la chute de l’apartheid.

J’ai également pu constater que les blancs ressentent un petit pincement au coeur nostalgique à l’idée de l’apartheid. Ce qui m’a choqué, en premier lieu. Mais je dois dire qu’ils ne manquent pas d’arguments, et que ceux-ci sont assez justes. Cependant, sachant que les idées qui vont suivre sont subjectives et peut être pas toujours exactes, je préfère prendre une position neutre.

Le premier argument fut d’avancer que les noirs vivaient mieux du temps de l’apartheid. En effet, ils avaient un logement, de l’eau courante, des parcs et un métier offert par le gouvernement. Certes, à l’écart des blancs, mais les noirs ne fréquentent pas plus les blancs qu’avant. Ceux-ci reconnaissent que les logements étaient bien moins spacieux que leurs grandes maisons, mais il est vrai qu’aujourd’hui, la plupart des noirs, en tout cas à Nelspruit, n’ont tout simplement pas de logement. Quant au parcs, bus et tout ce qui vient ensuite, on m’expliquera qu’ils étaient tout aussi bien que ceux des blancs au départ, mais que, moins civilisés, les noirs les détérioreront plus vite. Je ne vais pas chercher à analyser la pointe de racisme qui se trouve dans cette phrase.
Enfin, les noirs avaient effectivement un métier, offert par les blancs, mais lorsque Nelson Mandela instaurera une petite révolution, ceux-ci refuseront de travailler pour des blancs. Les médias ne s’intéresseront à l’apartheid qu’après cette mutinerie, et déclareront que les blancs ne veulent pas employer de noirs

Le second argument traite du fait que l’Afrique du Sud, depuis l’abolition de l’apartheid, est devenu un pays bien plus dangereux qu’auparavant. Je citerai un exemple simple : du temps de l’apartheid, les noirs n’avaient pas le droit de sortir dès 9 heures du soirs sans passboek, connu sous le nom de pass chez les occidentaux. Désormais, ce sont les blancs qui ne peuvent plus sortir car la nuit est trop dangereuse. En Afrique du Sud, entre 21h00 et 6h00, on recense un viol toutes les 7 secondes.

Les métissages sont également très mal vus en Afrique du Sud ; les parents sud-africains, blancs ou noirs, instaurent une éducation rejettant ce principe. Malgré cela, les métis représentent presque 9% de la population sud-africaine, plus que les blancs. Y a pas que moi qui désobéit à papa-maman, apparemment.

Comme vous avez donc pu le lire, si l’apartheid est mort en tant que régime, cette idéologie reste quand même bien présente dans la mentalité blanche. En outre, les noirs ne semblent pas vouloir pardonner cette époque de maltraitance aux blancs, et ça se ressent clairement rien que dans la rue, au moment ou un blanc et un noir se croisent : le blanc adopte un comportement honteux, lâchant un petit sawubona (bonjour en zoulou), tandis que le noir lance un regard froid et, dans la plupart des cas, ne répond pas.

J’espère sincèrement que ces idéologies vont changer, même si il se fait déjà ressentir. Cela prendra du temps, mais je ne désespère pas de voir un jour ce pays uni et soudé.